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Politique : temps courts, temps longs

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Trump   Macron

À notre époque d’instantané dans la consommation en général, et dans la consommation d’informations en particulier, il est difficile de s’inscrire dans un temps long. La patience n’est pas la vertu la mieux partagée de notre XXIe siècle. Et pourtant c’est elle – et elle seule – qui permet d’obtenir des résultats sur le long terme.

En matière de consommation alimentaire, on a vu les résultats qu’induisaient la production intensive (et donc accélérée) de céréales, légumes, bovins et ovins : pollutions des sols, scandales de la vache folle, viande de cheval, Spanghero, abattoirs ciblés par L 214… La consommation fast food, elle, engendre au minimum une surcharge pondérale. A contrario, la production respectueuse, biologique, suppose davantage de temps, de même qu’il est plus long de cuisiner un petit plat à la maison que de mettre une barquette dans le micro-onde…

En matière de consommation de loisirs, il faut au minimum six mois pour réaliser un film, quelques jours – voire seulement quelques heures – pour un feuilleton de série télé de bas étage et encore moins dans la télé-réalité où le scénario en est réduit à sa plus simple expression. Les jeux vidéos (à la maison) sont bien pratiques : pas besoin de se déplacer pour aller dans un lieu collectif ou public, on l’a tout de suite sous la main. Une envie soudaine, et hop ! On passe plus de temps aujourd’hui sur son portable qu’à discuter avec les gens… Et pourtant, ce sont bien les films de cinéma, les activités hors les murs et les rencontres qui nous façonnent le mieux.

En matière de consommation d’infos, enfin, tout est dans l’instantané. Une information chasse l’autre dès le lendemain. À tel point qu’on a oublié celle qui, trois jours plus tôt était bien la seule importante qu’il convenait de retenir. On se passionne pour Jonathan Jahan, cet horticulteur au chômage qui a interpellé le Président de la République, alors que l’on a oublié l’info importante de la veille : l’annonce de la réforme de la Santé, ou celle de l’avant-veille : le plan pauvreté, ou encore celle – majeure – d’il y a trois jours : l’attaque russo-syrienne sur la ville d’Idlib. Pour la marche du monde, je pense que cette dernière importe bien davantage que l’inintéressante polémique sur le fait de traverser la rue, ou pas…

Les maires sont dans le temps long

Il en va de même pour l’exercice du pouvoir et la politique. Pourquoi les maires sont-ils les élus les plus proches et les plus appréciés des Français ? Parce qu’il y a la proximité, certes, mais aussi parce que leur action s’inscrit dans le temps long. Si tous les Lyonnais ne sont pas adeptes de la politique de ministre de l’Intérieur, en revanche ils voteront pour le maire qui a transformé durablement sa ville. On peut dire la même chose d’Alain Juppé – contesté comme Premier ministre, plébiscité à Bordeaux – de Jean-Louis Borloo à Valenciennes, Georges Frèche (pourtant insupportable dans les médias nationaux) à Montpellier, et même de Jean-François Copé, loser dans la capitale, adulé même par la gauche dans sa ville de Meaux…

Macron Arles

Il est donc extrêmement difficile pour un dirigeant national, scruté heure après heure par les médias – et donc les citoyens puisque l’on vit tout désormais en direct ou presque – de faire le choix de s’inscrire dans ce temps long, seul garant du succès. Il y a déjà longtemps maintenant, hélas, que nous sommes entrés dans la politique de la petite phrase. Et pourtant, ceux qui en étaient adeptes au point d’en faire l’axe principal de leur politique n’ont pas fait long feu, ceux qui réagissaient instantanément à l’émotion collective en pondant aussitôt une loi censée apaiser les inquiétudes ont mis le pays à mal : exit Nicolas Sarkozy, exit François Hollande, exit Jean-Marie Le Pen… Le seul qui pouvait se le permettre, parce qu’il avait la stature et n’était pas vissé au pouvoir pour le pouvoir, était le Général De Gaulle. On lui doit d’ailleurs d’avoir été, en quelque sorte, l’inventeur de la “petite phrase”.

Une échelle de Trump à Macron

Là est toute la différence entre les hommes politiques qui marqueront l’Histoire de leur empreinte (le temps long) et ceux dont le souvenir passera avec l’air du temps (le temps court). Si l’on devait établir une échelle contemporaine des hommes politiques au temps court (donc probablement voués à l’échec) jusqu’aux hommes politiques au temps long (qui se donnent les moyens du succès), nous aurions une gradation qui va de Donald Trump à Emmanuel Macron.

Le premier, en effet, est constamment dans l’instantané. D’ailleurs, il ne consulte pas, il ne communique pas (dans le sens pédagogique du terme), bref il ne gouverne pas : il tweete. Toute une explication politique en 280 caractères (et encore, avant c’était seulement 140 !), avouez que c’est un peu court ! Ces hommes politiques là n’ont en réalité pas de projet sur le long terme. Ils sont restés sur des convictions inamovibles qu’on ne peut certes pas leur retirer : le protectionnisme effréné du dirigeant d’un pays qui a pourtant été le chante du libre-échange, le deuxième amendement de la Constitution américaine sur la liberté des armes malgré la multiplication des tueries de masse, la défense inconditionnelle de l’État d’Israël quelles que puissent être ses excès, pour un pays dont le Président en 1917 prônait le “droit des peuples à disposer d’eux-mêmes”… Ça, c’est pour le socle sommaire. Mais pour le reste, ces dirigeants là réagissent à l’émotion.

Europe

Pas de jugement avant 4 ans

Tel est également Matteo Salvini, le ministre de l’Intérieur italien, ou encore Viktor Orban, Premier ministre hongrois, ainsi que tous les populistes qui clament haut et fort leur mépris de l’Europe pour satisfaire leur base électorale qui ne voit évidemment par immédiatement les effets bénéfiques de la construction européenne. Par définition, une construction se fait sur le temps long…

A contrario, Emmanuel Macron s’appuie sur le temps long de cette construction (de l’Europe) et de cette reconstruction (de la France). D’emblée, quelques que puissent être les réminiscences françaises sur le sujet, il a fait de l’Europe un axe majeur de sa politique. Il est le seul à clamer l’Europe haut et fort. Pas en sautant sur sa chaise comme un cabri – pour paraphraser le Général – mais en en faisant l’axe majeur de sa politique étrangère. De même, les ordonnances sur la Loi Travail, la réforme de la SNCF, celle de l’audiovisuel public, le plan Santé, le plan Pauvreté avec la mise en commun de toutes les aides sociales en un seul guichet (permettant ainsi à ceux qui y avaient droit, mais ne le savaient pas, d’en bénéficier), et bientôt les réformes à venir sur les retraites, l’indemnisation du chômage, le prélèvement à la source de l’impôt, la réformes des institutions… ne sont pas faites pour plaire dans l’immédiat. Elles s’inscrivent dans un temps long absolument essentiel à l’avenir de notre pays qui ne s’est jamais réformé depuis 1945…

Ce n’est donc qu’au terme du quinquennat que l’on pourra juger de son action.

Olivier Bassine

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